Toute la violence des hommes – Paul Colize

Note : 4 sur 5.

Une jeune femme est retrouvée dans son appartement bruxellois, tuée de plusieurs coups de couteau. Tout accuse Nikola Stankovic, artiste marginal, dernière personne que la victime a appelée avant sa mort. Il apparaît sur les caméras de surveillance juste après le meurtre, la police retrouve ses vêtements maculés de sang et découvre des croquis de la scène de crime dans son atelier.
Sous ses airs d’enfant perdu, Niko est un graffeur de génie que la presse a surnommé le Funambule après l’apparition d’une série de fresques anonymes ultra-violentes dans les rues de la capitale. Muré dans le silence, sous surveillance psychiatrique, le jeune homme nie tout en bloc. Pour seule ligne de défense, il ne répète qu’une phrase : « c’est pas moi ».

Avis

Comme souvent, Paul Colize s’inspire de faits réels, autour desquels il construit ses romans. Ici, il part de ces fresques monumentales qui sont apparues sur les murs bruxellois il y a quelques années.

Les fresques, réalisées par un dessinateur anonyme, ont suscité de nombreux commentaires tantôt amusés tantôt offusqués par la violence et l’obscénité des dessins, bien que certains reconnaissaient les qualités graphiques. Toute la question étant de savoir si on pouvait les qualifier d’œuvres d’art et s’il fallait les maintenir en place ou les effacer. Finalement, la décision a été laissée aux propriétaires des bâtiments concernés et certaines fresques, comme celle de l’homme pendu, ont été recouvertes de peinture blanche.

Paul Colize, lui, a imaginé que toutes ces fresques avaient un lien entre elles et a développé une histoire autour de ces dessins.

Toute la violence des hommes est une analyse minutieuse de ce qui fait qu’un individu développe un certain type de personnalité. L’enquête pour meurtre se place au second plan et devient secondaire, servant surtout d’entrée en matière pour partir à la rencontre de Nikola Stankovic.

On découvre son enfance pendant la guerre opposant les Croates et les Serbes. Et les dessins réalisés sur les murs de la cave qui servait de refuge aux rescapés. Pour ce petit garçon terrifié, le dessin est devenu le moyen d’expression privilégié. A travers ce roman, Paul Colize introduit des éléments historiques véridiques et intéressants que l’on connait peu. En quelques mots, il pose le décor avec un réalisme qui fait froid dans le dos.

Entre les chapitres consacrés au passé de Nikola, son actualité présente est évoquée par les différents personnages qui l’entourent : son avocat, la psychiatre de l’établissement de défense sociale dans lequel il est placé et l’aide soignant qui l’accompagne au quotidien.

J’ai été positivement interpellée par l’empathie de ces personnes qui tentent, malgré le mutisme de Niko, de comprendre ce qui l’anime et de l’aider, presque malgré lui. En tant que lecteur, je trouve qu’on perçoit aussi la bienveillance de Paul Colize envers Nikola. Sans jamais juger, il raconte, simplement, la souffrance d’un homme qui ne peut s’exprimer qu’à travers le dessin.

Le titre de ce roman évoque la violence des hommes envers leur pairs, la haine de l’étranger, le pouvoir d’insuffler la peur et le plaisir de torturer, violer ou maltraiter les plus faibles.

Un très bon roman sur la construction de la personnalité, qui fait réfléchir et se remettre en question. Des chapitres courts qui nous tiennent en haleine et nous donnent envie de toujours en savoir plus. Tout ce que j’aime!


Toute la violence des hommes – Paul Colize – Editions Hervé Chopin – 2020

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