Où bat le cœur du monde – Philippe Hayat

À Tunis dans les années trente, Darius Zaken est frappé de mutisme après la disparition brutale de son père. Élevé par sa mère Stella qui le destine aux plus hautes études et sacrifie tout à cette ambition, il lutte pour se montrer à la hauteur. Mais le swing d’une clarinette vient contredire la volonté maternelle. Darius se découvre un don irrésistible pour cet instrument qui lui redonne voix. Une autre vie s’offre à lui, plus vive et plus intense.

Avis

Premier roman de la rentrée littéraire que je lis, que j’ai commencé sans aucun apriori et sans attentes particulières. En fait, je ne m’attendais pas du tout à cette histoire et pourtant, Philippe Hayat m’a complètement embarqué avec lui entre Tunis et New York! C’est un auteur que je ne connaissais pas du tout et que je découvre donc à travers son deuxième roman.

Tout commence à Tunis, en 1935. A cette époque, la Tunisie est sous protectorat français et le modèle de vie français constitue une sorte de pays de cocagne que tous veulent atteindre. Darry a 10 ans, il est juif et il est le témoin quotidien de la guerre qui oppose les Juifs et les Arabes pour des raisons essentiellement religieuses.  Dès le départ, en tant que lecteur, on est plongé dans cette ambiance de violence et de peur ressentie par cet enfant, auquel on s’identifie.

Marqué par la violence dont il a été le témoin et la victime, Darius va perdre l’usage de la parole à la mort de son père, mais aussi toute joie de vivre. Et puis, un jour, le son d’une clarinette, comme une révélation va lui donner l’envie d’apprendre et de parler cette langue inconnue qui le transporte.

C’est le début d’une grande histoire d’amour entre Darius et la musique. Il découvre le jazz et Louis Armstrong. Pour Darius, la clarinette devient un échappatoire face à la vie de misère qu’il mène, aux moqueries, à l’école et à la pression de sa mère. Soutenu et encouragé par un professeur et des amis, il n’aura de cesse de rechercher le son parfait, animé par l’envie de faire ressentir des émotions à son auditoire.

Je trouve que Philippe Hayat a réussi le pari incroyable de faire ressentir la musique à travers ses écrits. Tout au long du roman, j’ai eu l’impression d’entendre la clarinette de Darius et le jazz.

En filigrane de ce roman, on trouve aussi la relation très forte qui unit Darius à sa mère Stella. Cette dernière se sent investie d’une mission: faire en sorte que Darry obtienne son bac français, qu’il réalise des études supérieures et sorte de la pauvreté. Mais c’est sans compter la résistance de l’enfant, qui ne veut pas de cette vie bien rangée et qui n’a que la musique pour seul objectif. Entre les deux, une relation d’amour-haine s’installe, provoquant tensions et incompréhensions. De nouveau, Philippe Hayat réussi à nous faire entrer en empathie avec les deux personnages et, comme eux, on est tiraillés entre la passion de Darius pour le jazz et la volonté de Stella d’assurer un avenir stable à son fils, quitte à nier son talent pour la musique.

Où bat le cœur du monde est aussi une fresque qui évoque toute une époque marquée par les guerres, les bombes et les rafles de Juifs, les espoirs de tout un peuple qui cherche à assurer sa survie.

Un très beau roman qui nous fait voyager au rythme de la musique et à lire en écoutant du jazz en fond sonore. Une histoire parfois violente mais aussi porteuse d’espoir.

Remerciement aux Editions Calmann-Levy pour cette très belle lecture.

 


Où bat le cœur du monde – Philippe Hayat – Editions Calmann-Levy – 2019

 

 

 

 

 

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