Ça raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine.

Avis

Roman hors du commun, Ça raconte Sarah est un monologue de la narratrice (dont on ne connaîtra pas le nom), qui nous raconte comment sa rencontre avec Sarah a changé sa vie.

Ça raconte donc une rencontre, un amour imprévisible et éperdu qui bouleverse la narratrice.

Le vocabulaire est tranchant, violent, impudique. Cet amour homosexuel est abordé par l’angle des sentiments qui prennent aux tripes et face auxquels on ne peut rien. Et si le sexe occupe aussi une grande place, le tout est raconté avec tellement de classe que l’on entre dans l’intimité de ce couple passionné sans que cela ne paraisse déplacé et ne mette mal à l’aise.

La première partie de ce roman dresse le portrait de Sarah (imprévisible, pétillante et pleine de vie) par le biais de phrases courtes et rythmées. Mais Sarah peut aussi se révéler inconstante, violente et incontrôlable. Et, peu à peu, cet amour envahissant  et exubérant épuise la narratrice, ne lui laissant aucun répit. Lorsqu’elle apprend le décès de Sarah, c’est comme une délivrance mais c’est aussi le début de la folie.

J’ai moins apprécié la deuxième partie du roman. La vie sans Sarah s’avère morne et déprimante, la narratrice fuit tout ce qui lui rappelle son amour en se retranchant dans une vieille maison de Trieste. C’est la période du deuil, marquée par un rythme plus lent et de nombreuses lamentations.

Ça raconte Sarah est le très beau récit d’un amour dévorant, d’une relation fusionnelle qui éjecte tout le reste au second plan, comme des éléments flous de décor. Ainsi, mis à part celui de Sarah, aucun prénom n’apparaît. J’ai d’ailleurs trouvé étrange que la narratrice parle de sa petite fille comme de « l’enfant », tant son amour pour Sarah surpasse même celui qu’elle ressent pour sa propre progéniture.

Sarah étant musicienne, les arts prennent une grande place dans ce roman (théâtre, musique, films, etc.). Et les mots ont une importance capitale pour la narratrice, qui recherche leur signification dans le dictionnaire pour s’en imprégner.

Et si le récit est très descriptif, la narratrice détaille ses sentiments, son vécu et les décors qui l’entourent, il nous emporte malgré tout avec elle tant l’histoire est bien racontée.

S’agissant d’un livre audio, j’ai trouvé que la voix claire de Clara Brajtman collait parfaitement à l’image que je me faisais de la narratrice.

Un superbe roman!

 


Ça raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard – Audiolib – 2019

 

 

 

 

 

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